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Bienvenue sur le blog Credo in unum Deum.
Nous essayons de mettre des articles variés (vies de saints, encycliques, prières, homélies, méditations, actualité...), autant que nous le pouvons.
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Lundi 5 juin 2006
"Chers frères et soeurs !

Le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint descendit avec puissance sur les Apôtres; ainsi commença la mission de l'Eglise dans le monde. Jésus avait lui-même préparé les Onze à cette mission en leur apparaissant plusieurs fois après sa résurrection (cf. Ac 1, 3). Avant son ascension au Ciel, il leur donna l'ordre de « ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis » (cf. Ac 1, 4-5); il leur demanda en fait de demeurer ensemble pour se préparer à recevoir le don de l'Esprit Saint. Ils se réunirent en prière avec Marie au Cénacle, dans l'attente de l'événement promis (cf. Ac 1, 14).

Demeurer ensemble fut la condition posée par Jésus pour accueillir le don de l'Esprit Saint ; la condition nécessaire pour l'harmonie entre eux fut une prière prolongée. Une formidable leçon pour toute communauté chrétienne est présentée ici. On pense parfois que l'efficacité missionnaire dépend essentiellement d'une programmation attentive, suivie d'une mise en uvre intelligente à travers un engagement concret. Le Seigneur demande certes notre collaboration, mais avant toute réponse de notre part, son initiative est nécessaire : le vrai protagoniste de l'Eglise est son Esprit. Les racines de notre être et de notre action se trouvent dans le silence sage et prévoyant de Dieu.

Les images utilisées par saint Luc pour indiquer l'irruption de l'Esprit Saint le vent et le feu rappellent le Sinaï, où Dieu s'était révélé au peuple d'Israël et lui avait accordé son alliance (cf. Ex 19, 3sq). La fête du Sinaï, qu'Israël célébrait cinquante jours après Pâques, était la fête du Pacte. En parlant de langues de feu (cf. Ac 2, 3), saint Luc veut représenter la Pentecôte comme un nouveau Sinaï, comme la fête du nouveau Pacte, dans lequel l'Alliance avec Israël est étendue à tous les peuples de la Terre. L'Eglise est catholique et missionnaire depuis sa naissance. L'universalité du salut est démontrée de manière significative par la liste des nombreuses ethnies auxquelles appartiennent ceux qui écoutent la première annonce des Apôtres (cf. Ac 2, 9-11).

Le Peuple de Dieu, configuré pour la première fois au Sinaï, est aujourd'hui élargi au point de ne plus connaître aucune frontière de race, de culture, d'espace ou de temps. Contrairement à ce qui s'était produit avec la tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9), lorsque les hommes, désireux de construire de leurs mains un chemin vers le ciel, avaient fini par détruire leur capacité même de se comprendre les uns les autres, à la Pentecôte, l'Esprit, à travers le don des langues, montre que sa présence unit et transforme la confusion en communion. L'orgueil et l'égoïsme de l'homme créent toujours des divisions, dressent des murs d'indifférence, de haine et de violence. L'Esprit Saint, en revanche, rend les curs capables de comprendre les langues de tous, car il rétablit le pont de la communication authentique entre la Terre et le Ciel. L'Esprit Saint est Amour.

Mais comment entrer dans le mystère de l'Esprit Saint, comment comprendre le secret de l'Amour ? La page de l'Evangile nous conduit aujourd'hui dans le Cénacle où, la dernière Cène étant terminée, un sentiment de désarroi rend les Apôtres tristes. La raison en est que les paroles de Jésus suscitaient des interrogations inquiétantes : Il parle de la haine du monde envers Lui et envers les siens, il parle de son mystérieux départ, et de nombreuses choses restent encore à dire, mais pour le moment les Apôtres ne sont pas en mesure d'en porter le poids (cf. Jn 16, 12). Pour les réconforter, il explique la signification de son départ: il partira, mais reviendra; en attendant, il ne les abandonnera pas, il ne les laissera pas orphelins. Il enverra le Consolateur, l'Esprit du Père, et ce sera l'Esprit qui fera savoir que luvre du Christ est une uvre d'amour : amour de Celui qui s'est offert, amour du Père qui l'a donné.

Tel est le mystère de la Pentecôte : l'Esprit Saint éclaire l'esprit humain et, en révélant le Christ crucifié et ressuscité, il indique la voie pour devenir davantage semblables à Lui, c'est-à-dire être « _expression et instrument de l'amour qui émane de Lui » (Deus caritas est, n. 33). Recueillie avec Marie, comme lors de sa naissance, l'Eglise prie aujourd'hui: « Veni Sancte Spiritus ! - Viens, Esprit Saint, emplis les curs de tes fidèles et embrase-les du feu de ton amour ! ». Amen."
par Benoit XVI publié dans : Homélies
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Dimanche 7 mai 2006

Chers frères et soeurs!

Cette année, nous commémorons plusieurs événements significatifs ayant eu lieu en 1506, il y a tout juste cinq cents ans:  la redécouverte du groupe sculpté du Laocoon, à laquelle l'on fait remonter l'origine des Musées du Vatican; la pose de la première pierre de la Basilique Saint-Pierre, réédifiée au-dessus de la basilique constantinienne; et la naissance de la Garde Suisse pontificale. Aujourd'hui, nous souhaitons rappeler de manière particulière ce dernier événement. En effet, le 22 janvier, il y a 500 ans, les 150 premiers Gardes arrivèrent à Rome à la demande expresse du Pape Jules II et ils entrèrent à son service au Palais apostolique. Ce corps d'élection fut très vite appelé à démontrer sa fidélité au Souverain Pontife:  en 1527, Rome fut envahie et pillée et le 6 mai, 147 Gardes Suisses trouvèrent la mort pour défendre le Pape Clément VII, pendant que les 42 autres l'escortèrent en lieu sûr au Château Saint-Ange. Pourquoi rappeler aujourd'hui ces événements si lointains, ayant eu lieu dans une Rome et une Europe si différente de la situation actuelle? Avant tout pour rendre hommage au Corps des Gardes Suisses qui, depuis lors, a toujours été reconfirmé dans sa mission, même en 1970 lorsque le serviteur de Dieu Paul VI décida de dissoudre tous les autres corps militaires du Vatican. Mais, dans le même temps, et surtout, nous rappelons à la mémoire ces événements historiques pour en tirer un enseignement, à la lumière de la Parole de Dieu. Les lectures bibliques de la liturgie d'aujourd'hui viennent nous aider dans ce but et le Christ ressuscité, que nous célébrons avec une joie particulière dans le temps pascal, nous ouvre l'esprit à l'intelligence des Ecritures (cf. Lc 24, 45), afin que nous puissions reconnaître le dessein de Dieu et suivre sa volonté. Le Saint-Père poursuivait ensuite en en

 La première Lecture est tirée du Livre de la Sagesse, traditionnellement attribué au grand roi Salomon. Ce Livre est tout entier un hymne de louanges à la Sagesse divine, présentée comme le trésor le plus précieux que l'homme puisse souhaiter découvrir, le bien le plus grand dont dépendent tous les autres biens. Pour la Sagesse, il vaut la peine de renoncer à toute autre chose, parce qu'elle seule donne tout son sens à la vie, un sens qui dépasse la mort elle-même parce qu'elle place en communion réelle avec Dieu. La Sagesse - dit le texte - "fait des amis de Dieu" (Sg 7, 27):  c'est une superbe expression, qui met en valeur d'une part sa dimension "formative", à savoir que la Sagesse forme la personne, la fait grandir de l'intérieur vers une pleine mesure de sa maturité; et, dans le même temps, elle affirme que cette plénitude de vie consiste dans l'amitié avec Dieu, dans l'harmonie intime avec son être et sa volonté. Le lieu intérieur d'où agit la Sagesse divine est celui que le Bible appelle le coeur, le centre spirituel de la personne. C'est pourquoi le refrain du Psaume responsorial nous a fait prier:  "Donne-nous, ô Dieu, la sagesse du coeur". Le Psaume 89 rappelle ensuite que cette sagesse est offerte à qui apprend à "compter ses jours" (v. 12), c'est-à-dire à reconnaître que tout le reste dans la vie est passager, éphémère et transitoire; et l'homme pécheur ne peut ni ne doit se cacher devant Dieu, mais se reconnaître pour ce qu'il est, une créature ayant besoin de piété et de grâce. Qui accepte cette vérité et se dispose à accueillir la Sagesse, la reçoit en don.

Pour la Sagesse, il vaut alors la peine de renoncer à tout. Ce thème de "quitter" pour "trouver" est au centre du passage évangélique que venons d'écouter, tiré du chapitre 19 de saint Matthieu. Après l'épisode du "jeune homme riche", qui n'avait pas eu le courage de se détacher de ses "grands biens" pour suivre Jésus (cf. Mt 19, 22), l'Apôtre Pierre demande au Seigneur quelle récompense ils recevront, eux qui sont ses disciples et qui ont en revanche tout quitté pour être avec Lui (Mt 19, 27). La réponse du Christ révèle l'immense largesse de son coeur:  aux Douze, il promet qu'ils participeront à son autorité sur le nouvel Israël; à tous, ensuite, il assure que "quiconque aura laissé" les biens terrestres à cause de son nom, "recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle" (Mt 19, 29). Celui qui choisit le Christ trouve le trésor le plus grand, la perle précieuse (cf. Mt 13, 44-46), qui donne une valeur à tout le reste, parce qu'Il est la Sagesse divine incarnée (cf. Jn 1, 14), venue dans le monde pour que l'humanité ait la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Et celui qui accueille la bonté supérieure et la beauté et la vérité du Christ, en qui demeure toute la plénitude de Dieu (cf. Col 2, 9), entre avec Lui dans son Royaume, où les critères de valeurs de ce monde perdent leur sens et sont même renversés.

L'une des plus belles définitions du Règne de Dieu, nous la trouvons dans la deuxième lecture, un texte qui appartient à la partie exhortative de la Lettre aux Romains. L'apôtre Paul, après avoir exhorté les chrétiens à se laisser toujours guider par la charité et à ne pas être objets de scandale pour ceux qui sont faibles dans la foi, rappelle que le Règne de Dieu "est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14, 17). Et il ajoute:  "Celui qui sert le Christ de cette manière-là plaît à Dieu, et il est approuvé par les hommes. Recherchons donc ce qui contribue à la paix et ce qui nous associe les uns aux autres en vue de la même construction" (Rm 14, 18-19). "Ce qui contribue à la paix" constitue une expression synthétique et accomplie de la sagesse biblique, à la lumière de la révélation du Christ et de son mystère de salut. La personne qui a reconnu en Lui la Sagesse faite chair et qui a laissé tout le reste pour Lui devient "artisan de paix", tant dans la communauté chrétienne que dans le monde; cela signifie qu'elle devient semence du Règne de Dieu qui est déjà présent et qui grandit jusqu'à sa pleine manifestation. Dans la perspective du binôme Sagesse-Christ, la Parole de Dieu nous offre cependant une vision accomplie de l'homme dans l'histoire:  la personne qui, fascinée par la sagesse, la cherche et la trouve en Christ laisse tout pour Lui, recevant en échange le don inestimable du Règne de Dieu et, revêtue de tempérance, de prudence, de justice et de force - les vertus "cardinales" -, elle vit dans l'Eglise le témoignage de la charité.

On pourrait se demander si cette vision de l'homme peut constituer un idéal de vie également pour les hommes de notre temps, en particulier pour les jeunes. Que cela soit possible, les innombrables témoignages de vie chrétienne, personnelle et communautaire, qui font encore aujourd'hui la richesse du Peuple de Dieu pèlerin dans l'histoire, le démontrent. Parmi les multiples expressions de la présence des laïcs dans l'Eglise catholique, il y a aussi celle tout à fait particulière des Gardes Suisses pontificaux, ces jeunes qui, motivés par l'amour du Christ et de l'Eglise, se mettent au service du Successeur de Pierre. Pour certains d'entre eux, l'appartenance à ce Corps de garde est limitée à une période dans le temps, pour d'autres elle se prolonge jusqu'à devenir le choix de toute leur vie. Pour quelques-uns, et je le dis avec une grande satisfaction, le service au Vatican  les  a conduits à mûrir la réponse à une vocation sacerdotale ou religieuse. Pour tous cependant, être Garde Suisse signifie adhérer sans réserve au Christ et à l'Eglise, en étant prêt à donner sa vie pour cela. Le service effectif peut cesser, mais au-dedans on reste toujours Garde Suisse. C'est le témoignage qu'ont voulu donner environ quatre-vingts anciens Gardes qui, du 7 avril au 4 mai, ont accompli une marche extraordinaire de la Suisse jusqu'à Rome, en suivant au maximum l'itinéraire de la Via Francigena.

A chacun de vous et à tous les Gardes Suisses, je souhaite renouveler mon salut le plus cordial. J'unis dans mon souvenir les Autorités venues expressément de Suisse et les autres Autorités civiles et militaires, les Aumôniers qui ont animé, à travers l'Evangile et l'Eucharistie, le service quotidien des Gardes, ainsi que les nombreux parents et amis. Chers amis, pour vous et pour les défunts de votre Corps, j'offre de façon particulière cette Eucharistie, qui marque le moment spirituellement le plus élevé de votre fête. Nourrissez-vous du Pain eucharistique et soyez avant toute chose des hommes de prière, pour que la divine Sagesse fasse de vous d'authentiques amis de Dieu et des serviteurs de son Royaume d'amour et de paix. C'est dans le Sacrifice du Christ que prend toute sa signification et toute sa valeur le service offert par votre longue assemblée au cours de ces 500 ans. Me faisant en esprit l'interprète des Pontifes Romains que votre Corps a fidèlement servis au cours des siècles, je vous exprime mes remerciements mérités et sincères, tout en vous invitant, les yeux tournés vers l'avenir, à aller de l'avant acriter et fideliter, avec courage et fidélité. Que la Vierge Marie et vos Patrons saint Martin, saint Sébastien et saint Nicolas de Flüe, vous aident à accomplir votre service quotidien avec un généreux dévouement, toujours animés par un esprit de foi et d'amour pour l'Eglise.

par Benoit XVI publié dans : Homélies
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Samedi 6 mai 2006

Chers frères et soeurs!

Cette année, nous commémorons plusieurs événements significatifs ayant eu lieu en 1506, il y a tout juste cinq cents ans:  la redécouverte du groupe sculpté du Laocoon, à laquelle l'on fait remonter l'origine des Musées du Vatican; la pose de la première pierre de la Basilique Saint-Pierre, réédifiée au-dessus de la basilique constantinienne; et la naissance de la Garde Suisse pontificale. Aujourd'hui, nous souhaitons rappeler de manière particulière ce dernier événement. En effet, le 22 janvier, il y a 500 ans, les 150 premiers Gardes arrivèrent à Rome à la demande expresse du Pape Jules II et ils entrèrent à son service au Palais apostolique. Ce corps d'élection fut très vite appelé à démontrer sa fidélité au Souverain Pontife:  en 1527, Rome fut envahie et pillée et le 6 mai, 147 Gardes Suisses trouvèrent la mort pour défendre le Pape Clément VII, pendant que les 42 autres l'escortèrent en lieu sûr au Château Saint-Ange. Pourquoi rappeler aujourd'hui ces événements si lointains, ayant eu lieu dans une Rome et une Europe si différente de la situation actuelle? Avant tout pour rendre hommage au Corps des Gardes Suisses qui, depuis lors, a toujours été reconfirmé dans sa mission, même en 1970 lorsque le serviteur de Dieu Paul VI décida de dissoudre tous les autres corps militaires du Vatican. Mais, dans le même temps, et surtout, nous rappelons à la mémoire ces événements historiques pour en tirer un enseignement, à la lumière de la Parole de Dieu. Les lectures bibliques de la liturgie d'aujourd'hui viennent nous aider dans ce but et le Christ ressuscité, que nous célébrons avec une joie particulière dans le temps pascal, nous ouvre l'esprit à l'intelligence des Ecritures (cf. Lc 24, 45), afin que nous puissions reconnaître le dessein de Dieu et suivre sa volonté. Le Saint-Père poursuivait ensuite en en

 La première Lecture est tirée du Livre de la Sagesse, traditionnellement attribué au grand roi Salomon. Ce Livre est tout entier un hymne de louanges à la Sagesse divine, présentée comme le trésor le plus précieux que l'homme puisse souhaiter découvrir, le bien le plus grand dont dépendent tous les autres biens. Pour la Sagesse, il vaut la peine de renoncer à toute autre chose, parce qu'elle seule donne tout son sens à la vie, un sens qui dépasse la mort elle-même parce qu'elle place en communion réelle avec Dieu. La Sagesse - dit le texte - "fait des amis de Dieu" (Sg 7, 27):  c'est une superbe expression, qui met en valeur d'une part sa dimension "formative", à savoir que la Sagesse forme la personne, la fait grandir de l'intérieur vers une pleine mesure de sa maturité; et, dans le même temps, elle affirme que cette plénitude de vie consiste dans l'amitié avec Dieu, dans l'harmonie intime avec son être et sa volonté. Le lieu intérieur d'où agit la Sagesse divine est celui que le Bible appelle le coeur, le centre spirituel de la personne. C'est pourquoi le refrain du Psaume responsorial nous a fait prier:  "Donne-nous, ô Dieu, la sagesse du coeur". Le Psaume 89 rappelle ensuite que cette sagesse est offerte à qui apprend à "compter ses jours" (v. 12), c'est-à-dire à reconnaître que tout le reste dans la vie est passager, éphémère et transitoire; et l'homme pécheur ne peut ni ne doit se cacher devant Dieu, mais se reconnaître pour ce qu'il est, une créature ayant besoin de piété et de grâce. Qui accepte cette vérité et se dispose à accueillir la Sagesse, la reçoit en don.

Pour la Sagesse, il vaut alors la peine de renoncer à tout. Ce thème de "quitter" pour "trouver" est au centre du passage évangélique que venons d'écouter, tiré du chapitre 19 de saint Matthieu. Après l'épisode du "jeune homme riche", qui n'avait pas eu le courage de se détacher de ses "grands biens" pour suivre Jésus (cf. Mt 19, 22), l'Apôtre Pierre demande au Seigneur quelle récompense ils recevront, eux qui sont ses disciples et qui ont en revanche tout quitté pour être avec Lui (Mt 19, 27). La réponse du Christ révèle l'immense largesse de son coeur:  aux Douze, il promet qu'ils participeront à son autorité sur le nouvel Israël; à tous, ensuite, il assure que "quiconque aura laissé" les biens terrestres à cause de son nom, "recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle" (Mt 19, 29). Celui qui choisit le Christ trouve le trésor le plus grand, la perle précieuse (cf. Mt 13, 44-46), qui donne une valeur à tout le reste, parce qu'Il est la Sagesse divine incarnée (cf. Jn 1, 14), venue dans le monde pour que l'humanité ait la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Et celui qui accueille la bonté supérieure et la beauté et la vérité du Christ, en qui demeure toute la plénitude de Dieu (cf. Col 2, 9), entre avec Lui dans son Royaume, où les critères de valeurs de ce monde perdent leur sens et sont même renversés.

L'une des plus belles définitions du Règne de Dieu, nous la trouvons dans la deuxième lecture, un texte qui appartient à la partie exhortative de la Lettre aux Romains. L'apôtre Paul, après avoir exhorté les chrétiens à se laisser toujours guider par la charité et à ne pas être objets de scandale pour ceux qui sont faibles dans la foi, rappelle que le Règne de Dieu "est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14, 17). Et il ajoute:  "Celui qui sert le Christ de cette manière-là plaît à Dieu, et il est approuvé par les hommes. Recherchons donc ce qui contribue à la paix et ce qui nous associe les uns aux autres en vue de la même construction" (Rm 14, 18-19). "Ce qui contribue à la paix" constitue une expression synthétique et accomplie de la sagesse biblique, à la lumière de la révélation du Christ et de son mystère de salut. La personne qui a reconnu en Lui la Sagesse faite chair et qui a laissé tout le reste pour Lui devient "artisan de paix", tant dans la communauté chrétienne que dans le monde; cela signifie qu'elle devient semence du Règne de Dieu qui est déjà présent et qui grandit jusqu'à sa pleine manifestation. Dans la perspective du binôme Sagesse-Christ, la Parole de Dieu nous offre cependant une vision accomplie de l'homme dans l'histoire:  la personne qui, fascinée par la sagesse, la cherche et la trouve en Christ laisse tout pour Lui, recevant en échange le don inestimable du Règne de Dieu et, revêtue de tempérance, de prudence, de justice et de force - les vertus "cardinales" -, elle vit dans l'Eglise le témoignage de la charité.

On pourrait se demander si cette vision de l'homme peut constituer un idéal de vie également pour les hommes de notre temps, en particulier pour les jeunes. Que cela soit possible, les innombrables témoignages de vie chrétienne, personnelle et communautaire, qui font encore aujourd'hui la richesse du Peuple de Dieu pèlerin dans l'histoire, le démontrent. Parmi les multiples expressions de la présence des laïcs dans l'Eglise catholique, il y a aussi celle tout à fait particulière des Gardes Suisses pontificaux, ces jeunes qui, motivés par l'amour du Christ et de l'Eglise, se mettent au service du Successeur de Pierre. Pour certains d'entre eux, l'appartenance à ce Corps de garde est limitée à une période dans le temps, pour d'autres elle se prolonge jusqu'à devenir le choix de toute leur vie. Pour quelques-uns, et je le dis avec une grande satisfaction, le service au Vatican  les  a conduits à mûrir la réponse à une vocation sacerdotale ou religieuse. Pour tous cependant, être Garde Suisse signifie adhérer sans réserve au Christ et à l'Eglise, en étant prêt à donner sa vie pour cela. Le service effectif peut cesser, mais au-dedans on reste toujours Garde Suisse. C'est le témoignage qu'ont voulu donner environ quatre-vingts anciens Gardes qui, du 7 avril au 4 mai, ont accompli une marche extraordinaire de la Suisse jusqu'à Rome, en suivant au maximum l'itinéraire de la Via Francigena.

A chacun de vous et à tous les Gardes Suisses, je souhaite renouveler mon salut le plus cordial. J'unis dans mon souvenir les Autorités venues expressément de Suisse et les autres Autorités civiles et militaires, les Aumôniers qui ont animé, à travers l'Evangile et l'Eucharistie, le service quotidien des Gardes, ainsi que les nombreux parents et amis. Chers amis, pour vous et pour les défunts de votre Corps, j'offre de façon particulière cette Eucharistie, qui marque le moment spirituellement le plus élevé de votre fête. Nourrissez-vous du Pain eucharistique et soyez avant toute chose des hommes de prière, pour que la divine Sagesse fasse de vous d'authentiques amis de Dieu et des serviteurs de son Royaume d'amour et de paix. C'est dans le Sacrifice du Christ que prend toute sa signification et toute sa valeur le service offert par votre longue assemblée au cours de ces 500 ans. Me faisant en esprit l'interprète des Pontifes Romains que votre Corps a fidèlement servis au cours des siècles, je vous exprime mes remerciements mérités et sincères, tout en vous invitant, les yeux tournés vers l'avenir, à aller de l'avant acriter et fideliter, avec courage et fidélité. Que la Vierge Marie et vos Patrons saint Martin, saint Sébastien et saint Nicolas de Flüe, vous aident à accomplir votre service quotidien avec un généreux dévouement, toujours animés par un esprit de foi et d'amour pour l'Eglise.

par Benoit XVI publié dans : Homélies
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Lundi 24 avril 2006

VEILLÉE PASCALE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Vaticane
Samedi Saint, 15 avril 2006

 

«Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité: il n’est pas ici» (Mc 16, 6). Ainsi parle le messager de Dieu, vêtu de lumière, aux femmes qui cherchent le corps de Jésus dans le tombeau. En cette nuit sainte, l’évangéliste nous dit, à nous aussi, la même chose: Jésus n’est pas un personnage du passé. Il vit et, vivant, il marche devant nous; il nous appelle à le suivre, Lui, le vivant, et à trouver ainsi, nous aussi, le chemin de la vie.

( 16, 6). Ainsi parle le messager de Dieu, vêtu de lumière, aux femmes qui cherchent le corps de Jésus dans le tombeau. En cette nuit sainte, l’évangéliste nous dit, à nous aussi, la même chose: Jésus n’est pas un personnage du passé. Il vit et, vivant, il marche devant nous; il nous appelle à le suivre, Lui, le vivant, et à trouver ainsi, nous aussi, le chemin de la vie.

«Il est ressuscité... il n’est pas ici». Lorsque, en descendant de la montagne de la Transfiguration, Jésus, pour la première fois, avait parlé à ses disciples de la croix et de la résurrection, ceux-ci se demandaient ce que voulait dire «ressusciter d’entre les morts» (Mc 9, 10). À Pâques, nous nous réjouissons parce que le Christ n’est pas resté dans le tombeau, son corps n’a pas connu la corruption; il appartient au monde des vivants, non à celui des morts; nous nous réjouissons par ce qu’Il est – ainsi que nous le proclamons dans le rite du cierge pascal – l’Alpha et en même temps l’Oméga; il existe donc non seulement hier, mais aujourd’hui et pour l’éternité (cf. He 13, 8). Cependant, la résurrection est, en quelque sorte, située tellement au-delà de notre horizon, de même qu’au-delà de toutes nos expériences, que, lorsque nous faisons retour en nous-mêmes, nous en sommes à poursuivre la discussion des disciples: en quoi consiste précisément le «fait de ressusciter» ? Qu’est ce que cela signifie pour nous ? Pour le monde et pour l’histoire dans leur ensemble ? Un théologien allemand a dit une fois, de manière ironique, que le miracle d’un cadavre réanimé – si toutefois cela s’était réellement produit, ce à quoi d’ailleurs il ne croyait pas –, serait en fin de compte sans importance puisque, précisément, nous ne serions pas concernés. En effet, si une fois quelqu’un avait été réanimé, et rien d’autre, en quoi cela devrait-il nous concerner ? Mais, précisément, la résurrection du Christ est bien plus, il s’agit d’une réalité différente. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande «mutation», le saut absolument le plus décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements: un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire.

La discussion que les disciples ont entamée comprendrait donc les questions suivantes: Que lui est-il arrivé ? Que cela signifie-t-il pour nous, pour l’ensemble du monde et pour moi personnellement ? Avant tout: Que s’est-il passé ? Jésus n’est plus dans le tombeau. Il est dans une vie totalement nouvelle. Mais comment cela a-t-il pu se produire ? Quelles forces ont agi là ? Il est décisif que cet homme Jésus n’ait pas été seul, n’ait pas été un moi renfermé sur lui-même. Il était un avec le Dieu vivant, tellement uni à Lui qu’il formait avec Lui une unique personne. Il se trouvait, pour ainsi dire, dans une union affectueuse avec Celui qui est la vie même, union affectueuse non seulement basée sur l’émotion, mais saisissant et pénétrant son être. Sa vie n’était pas seulement la sienne, elle était une communion existentielle avec Dieu et un être incorporé en Dieu, et c’est pourquoi cette vie ne pouvait pas lui être véritablement enlevée. Par amour, il pouvait se laisser tuer, mais c’est précisément ainsi qu’il a rompu le caractère définitif de la mort, parce qu’en lui était présent le caractère définitif de la vie. Il était un avec la vie indestructible, de telle manière que celle-là, à travers la mort, jaillisse d’une manière nouvelle. Nous pouvons exprimer encore une fois la même chose en partant d’un autre point de vue. Sa mort fut un acte d’amour. Au cours de la dernière Cène, Il a anticipé sa mort et Il l’a transformée en don de soi. Sa communion existentielle avec Dieu était concrètement une communion existentielle avec l’amour de Dieu, et cet amour est la vraie puissance contre la mort, il est plus fort que la mort. La résurrection fut comme une explosion de lumière, une explosion de l’amour, qui a délié le lien jusqu’alors indissoluble du «meurs et deviens». Elle a inauguré une nouvelle dimension de l’être, de la vie, dans laquelle la matière a aussi été intégrée, d’une manière transformée, et à travers laquelle surgit un monde nouveau.

Il est clair que cet événement n’est pas un quelconque miracle du passé, dont l’existence pourrait nous être, en définitive, indifférente. Il s’agit d’un saut qualitatif dans l’histoire de l’évolution et de la vie en général, vers une vie future nouvelle, vers un monde nouveau qui, en partant du Christ, pénètre déjà continuellement dans notre monde, le transforme et l’attire à lui. Mais comment cela se produit-il ? Comment cet événement peut-il effectivement m’arriver et attirer ma vie vers lui et vers le haut ? Dans un premier temps, la réponse pourrait sembler surprenante, mais elle est tout à fait réelle: un tel événement me rejoint à travers la foi et le Baptême. C’est pourquoi le Baptême fait partie de la Veillée pascale, comme le souligne aussi, au cours de cette célébration, le fait que soient conférés les Sacrements de l’Initiation chrétienne à quelques adultes provenant de différents pays. Le Baptême signifie précisément ceci, qu’il ne s’agit pas d’un événement du passé, mais qu’un saut qualitatif de l’histoire universelle vient à moi, me saisissant pour m’attirer. Le Baptême est quelque chose de bien différent qu’un acte de socialisation ecclésiale, qu’un rite un peu démodé et compliqué pour accueillir les personnes dans l’Église. Il est encore bien plus que le simple fait d’être lavé, qu’une sorte de purification et d’embellissement de l’âme. Il est vraiment mort et résurrection, renaissance, transformation en une vie nouvelle.

Comment pouvons-nous le comprendre ? Je pense que ce qui advient au Baptême s’éclaire plus facilement pour nous si nous regardons la partie finale de la petite autobiographie spirituelle que saint Paul nous a laissée dans sa Lettre aux Galates. Elle se conclut par les mots qui contiennent aussi le noyau de cette biographie: «Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20). Je vis, mais ce n’est plus moi. Le moi lui-même, l’identité essentielle de l’homme – de cet homme, Paul – a été changée. Il existe encore et il n’existe plus. Il a traversé une négation et il se trouve continuellement dans cette négation: c’est moi, mais ce n’est plus moi. Par ces mots, Paul ne décrit pas une quelconque expérience mystique, qui pouvait peut-être lui avoir été donnée et qui pourrait sans doute nous intéresser du point de vue historique. Non, cette phrase exprime ce qui s’est passé au Baptême. Mon propre moi m’est enlevé et il s’incorpore à un sujet nouveau, plus grand. Alors mon moi existe de nouveau, mais précisément transformé, renouvelé, ouvert par l’incorporation dans l’autre, dans lequel il acquiert son nouvel espace d’existence. De nouveau, Paul nous explique la même chose, sous un autre aspect, quand, dans le troisième chapitre de la Lettre aux Galates, il parle de la «promesse», disant qu’elle a été donnée au singulier – à un seul: au Christ. C’est lui seul qui porte en lui toute la «promesse». Mais alors qu’advient-il pour nous ? Paul répond: «Vous ne faites plus qu’un dans le Christ» (Ga 3, 28). Non pas une seule chose, mais un, un unique, un unique sujet nouveau. Cette libération de notre moi de son isolement, le fait de se trouver dans un nouveau sujet, revient à se trouver dans l’immensité de Dieu et à être entraînés dans une vie qui est dès maintenant sortie du contexte du «meurs et deviens». La grande explosion de la résurrection nous a saisis dans le Baptême pour nous attirer. Ainsi nous sommes associés à une nouvelle dimension de la vie dans laquelle nous sommes déjà en quelque sorte introduits, au milieu des tribulations de notre temps. Vivre sa vie comme une entrée continuelle dans cet espace ouvert : telle est la signification essentielle de l’être baptisé, de l’être chrétien. Telle est la joie de la Veillée pascale. La résurrection n’est pas passée, la résurrection nous a rejoints et saisis. Nous nous accrochons à elle, c’est-à-dire au Christ ressuscité, et nous savons que Lui nous tient solidement, même quand nos mains faiblissent. Nous nous accrochons à sa main, et ainsi nous nous tenons la main les uns des autres, nous devenons un unique sujet, et pas seulement une seule chose. C’est moi, mais ce n’est plus moi: voilà la formule de l’existence chrétienne fondée sur le Baptême, la formule de la résurrection à l’intérieur du temps. C’est moi, mais ce n’est plus moi: si nous vivons de cette manière, nous transformons le monde. C’est la formule qui contredit toutes les idéologies de la violence, et c’est le programme qui s’oppose à la corruption et à l’aspiration au pouvoir et à l’avoir.

«Je vis et, vous aussi, vous vivrez», dit Jésus à ses disciples, c’est-à-dire à nous, dans l’Évangile de Jean (14, 19). Nous vivrons par la communion existentielle avec Lui, par le fait d’être incorporés en Lui qui est la vie même. La vie éternelle, l’immortalité bienheureuse, nous ne l’avons pas de nous-mêmes et nous ne l’avons pas en nous-mêmes, mais au contraire par une relation – par la communion existentielle avec Celui qui est la Vérité et l’Amour, et qui est donc éternel, qui est Dieu lui-même. Par elle-même, la simple indestructibilité de l’âme ne pourrait pas donner un sens à une vie éternelle, elle ne pourrait pas en faire une vraie vie. La vie nous vient du fait d’être aimés par Celui qui est la Vie; elle nous vient du fait de vivre-avec Lui et d’aimer-avec Lui. C’est moi, mais ce n’est plus moi: tel est le chemin de la croix, le chemin qui crucifie une existence renfermée seulement sur le moi, ouvrant par-là la route à la joie véritable et durable.

Ainsi nous pouvons, pleins de joie, chanter avec l’Église dans l’Exsultet: «Exultez de joie, multitude des anges, sois heureuse aussi, notre terre». La résurrection est un avènement cosmique, qui comprend le ciel et la terre, et qui les lie l’un à l’autre. Et nous pouvons encore proclamer avec l’Exsultet: «Le Christ, ton Fils... ressuscité des morts, répand sur les humains sa lumière et sa paix, Lui qui règne pour les siècles des siècles». Amen !

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Mardi 4 avril 2006

CHAPELLE PAPALE À L'OCCASION DU PREMIER ANNIVERSAIRE
DE LA MORT DE JEAN-PAUL II

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Place Saint-Pierre
Lundi 3 avril 2006

 

 

Chers frères et soeurs!

En ces jours est particulièrement vivante dans l'Eglise et dans le monde la mémoire du Serviteur de Dieu Jean-Paul II, à l'occasion du premier anniversaire de sa mort. Avec la veillée mariale d'hier, nous avons revécu le moment précis où, il y a un an, eut lieu sa pieuse disparition, tandis que nous nous retrouvons aujourd'hui sur cette même Place Saint-Pierre pour offrir le Sacrifice eucharistique en mémoire de son âme élue. Je salue avec affection, avec les Cardinaux, les Evêques, les prêtres et les religieux, les nombreux pèlerins venus de tant d'endroits, en particulier de Pologne, pour lui témoigner leur estime, leur affection et leur profonde reconnaissance. Nous voulons prier pour ce bien-aimé Pontife, en nous laissant éclairer par la Parole de Dieu que nous venons d'entendre.

Dans la première lecture, tirée du Livre de la Sagesse, il nous a été rappelé quel est le destin final des justes:  un destin de bonheur surabondant, qui récompense sans limite pour les souffrances et les épreuves affrontées au cours de la vie. "Dieu les a mis à l'épreuve - affirme l'auteur sacré - et il les a trouvés dignes de lui; comme l'or au creuset, il les a éprouvés, comme un parfait holocauste, il les a agréés" (3, 5-6). Le terme d'"holocauste" fait référence au sacrifice au cours duquel la victime était entièrement brûlée, consumée par le feu; il s'agissait donc d'un signe de don total à Dieu. Cette expression biblique nous fait penser à la mission de Jean-Paul II, qui a fait don à Dieu et à l'Eglise de son existence et a vécu la dimension sacrificielle de son sacerdoce en particulier dans la célébration de l'Eucharistie. Parmi les invocations qui lui étaient chères, en figure une, tirée des "Litanies de Jésus Christ Prêtre et Victime", qu'il voulut placer à la fin de l'ouvrage Don et Mystère, publié à l'occasion du 50 anniversaire de son sacerdoce (cf. pp. 113-116):  "Iesu, Pontifex qui tradidisti temetipsum Deo oblationem et hostiam - Jésus, Pontife qui t'offris toi-même à Dieu comme don et victime, prends pitié de nous". Combien de fois il répéta cette invocation! Celle-ci exprime bien le caractère profondément sacerdotal de toute sa vie. Il n'a jamais caché son désir de devenir toujours plus un avec le Christ Prêtre, à travers le Sacrifice eucharistique, source d'inlassable dévouement apostolique.

A la base de ce don total de soi figurait naturellement la foi. Dans la seconde Lecture, que nous venons d'entendre, saint Pierre utilise lui aussi l'image de l'or éprouvé par le feu et l'applique à la foi (1 P 1, 7). En, effet, dans les difficultés de la vie, c'est surtout la qualité de la foi de chacun qui est éprouvée et vérifiée:  sa solidité, sa pureté, sa cohérence avec la vie. Et bien, le regretté Pontife, que Dieu avait doté de multiples dons humains et spirituels, en passant à travers le creuset des difficultés apostoliques et de la maladie, est apparu toujours plus comme un "roc" de la foi. Ceux qui ont eu l'occasion de le fréquenter de près ont presque pu toucher du doigt sa foi honnête et solide qui, si elle a impressionné le cercle de ses collaborateurs, n'a pas manqué de diffuser, au cours de son long Pontificat, son influence bénéfique sur toute l'Eglise, dans un crescendo qui a atteint son point culminant au cours des derniers mois et jours de sa vie. Une foi convaincue, forte et authentique, libre des peurs et des compromis, qui a gagné le coeur de tant de personnes, grâce également aux nombreux pèlerinages apostoliques dans tant de parties du monde, et en particulier grâce à ce dernier "voyage" qu'a été son agonie et sa mort.

La page de l'Evangile qui a été proclamée nous aide à comprendre un autre aspect de sa personnalité humaine et religieuse. Nous pourrions dire que, en tant que Successeur de Pierre, il a imité de façon particulière, parmi les Apôtres, Jean, le "disciple bien-aimé" qui demeura sous la Croix auprès de Marie, à l'heure de l'abandon et de la mort du Rédempteur. Les voyant près de la Croix - raconte l'évangéliste - Jésus les confia l'un à l'autre:  "Femme, voici ton Fils!... Voici ta mère" (Jn 19, 26-27). Ces paroles du Seigneur mourant étaient particulièrement chères à Jean-Paul II. Comme l'Apôtre évangéliste, lui aussi a voulu prendre Marie dans sa maison:  "et ex illa hora accepit eam discipulus in sua" (Jn 19, 27). L'expression "accepit eam in sua" est particulièrement riche de sens:  elle indique la décision de Jean de faire participer Marie à sa propre vie afin de faire l'expérience que celui qui ouvre son coeur à Marie, est en réalité accueilli par Elle et lui appartient. La devise inscrite sur le blason pontifical du Pape Jean-Paul II, Totus tuus, résume bien cette expérience spirituelle et mystique, dans une vie totalement orientée vers le Christ au moyen de Marie:  "ad Iesum per Mariam".

Chers frères et soeurs, ce soir, notre pensée revient avec émotion au moment de la mort du bien-aimé Pontife, mais dans le même temps, notre coeur est comme poussé à regarder vers l'avenir. Nous sentons résonner dans notre âme ses invitations répétées à avancer sans peur sur le chemin de la fidélité à l'Evangile pour être les messagers et les témoins du Christ dans le troisième millénaire. Ses exhortations incessantes à coopérer généreusement à la réalisation d'une humanité plus juste et plus solidaire, à être des artisans de paix et des bâtisseurs d'espérance nous reviennent à l'esprit. Notre regard reste toujours fixé sur le Christ qui est "le même hier, aujourd'hui et à jamais" (He 13, 8), qui guide solidement son Eglise. Nous avons cru à son amour et c'est la rencontre avec Lui "qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive" (Deus caritas est, n. 1). Que la force de l'Esprit de Jésus soit pour tous, chers frères et soeurs, comme elle le fut pour le Pape Jean-Paul II, une source de paix et de joie. Et que la Vierge Marie, Mère de l'Eglise, nous aide à être en toute circonstance, comme lui, des apôtres inlassables de son divin Fils et des prophètes de son amour miséricordieux. Amen!

   

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